Une vipère à Paris

Blog pipolo-culturo-rigolo d'une vipère sensible et insaisissable qui pique et critique (un peu), s'étonne et s'émeut (souvent).

27 février 2008

Une Souris verte, au théâtre Tristan Bernard

une_souris_verte_theatre_fiche_spectacle_une_1_Depuis L'Amour est enfant de salaud, cette génialissime pièce avec la pétillante Isabelle Gélinas, récompensée par 2 Molière en 2004, le théâtre Tristan Bernard est dans nos petits papiers. C'est donc confiants et remplis d'espoir que nous sommes retournés au 68 rue du Rocher pour découvrir Une Souris verte, l'adaptation d'une comédie américaine présentée comme mordante et poivrée. La Vipère n'a pourtant guère éternué sur son fauteuil... elle s'est contentée de bailler!

Mitchell est un jeune acteur prometteur de passage à New York. Sa carrière est sur le point de prendre un tournant décisif grâce notamment à Diane, son impitoyable agent, diablement cynique mais terriblement efficace. Sauf que cette mécanique du succès et de la gloire pourrait dérailler à cause d'Alex, un beau gosse brun paumé, gigolo à ses heures perdues, dont Mitchell tombe amoureux. Tel Cinna ou Rodrigue, Mitchell doit alors faire face à un terrible dilemme: cacher son homosexualité et devenir le nouvel acteur hollywoodien que le monde entier s'arrache, ou vivre au grand jour son histoire d'amour et faire une croix sur ses rêves de smoking, de tapis rouge et d'Oscar. Evidemment, son agent a sa petite idée sur la question...

Même si le texte de la pièce réserve quelques bons mots et autres formules percutantes, il est difficile d'être séduit par l'interprétation proposée. Edouard Collin (Alex) mise tout sur l'hystérie. Son jeu est aussi varié et nuancé qu'un cable éléctrique sous haute tension. On est très vite fatigué par ses gestes saccadés et ses éclats de voix à répétition. Julie Debazac (l'amie d'Alex), a beau crier et porter des vêtements flashy, on ne la voit pas. La malheureuse a dû rater le cours de "charisme" lors de ses études.

Face à ses 2 piètres partenaires, Arnaud Binard (Mitchell) fait ce qu'il peut et c'est déjà pas si mal. Seule Raphaëline Goupilleau, avec sa voix singulière et ses tirades choc, tire son épingle du jeu en campant le personnage décapant de l'agent. Chacune de ses apparitions apporte une bouffée d'oxygène à ce spectacle qui en manque cruellement. La faute notamment à une mise en scène paresseuse qui vous rend presque claustrophobe tant elle cloisonne les espaces de jeu.

Assis juste derrière La Vipère, Jean-Luc Reichman avait l'air de prendre son mal en patience. Assis juste devant La Vipère, la très belle Bénédicte Delmas (Laure dans Sous le soleil) remuait sans cesse sur son fauteuil en souriant poliment.

Une Souris verte, au théâtre Tristan Bernard, jusqu'au 30 mars.

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18 février 2008

Bale de Rua, au Trianon

balederua2Ciel bleu clair à Paris ces derniers jours, mais températures un brin glaciales... Et si vous alliez chercher douceur et chaleur au Trianon? Une petite troupe de danseurs brésiliens s'y produit: muy caliente !

La Vipère l'avoue sans détour: elle s'amuse généralement autant à un spectacle de danse que plongée dans un flacon de formol... Seulement voilà, Bale de Rua emporte tout sur son passage grâce à son énergie et ses chorégraphies bondissantes. En deux mots: ça déménage!
Les danseurs ne s'économisent pas pour parvenir à un résultat si réjouissant. Les différents tableaux se succèdent à un rythme effréné, sans le moindre temps mort. Cette dynamique qui met les corps à rude épreuve n'est pas dénuée de grâce. Quelques accessoires bien choisis (de larges plateaux métalliques, des fleurs, des pots de peinture) apportent une touche de poésie originale.
On ne cesse donc de s'émerveiller devant les chorégraphies endiablées ponctuées de sauts acrobatiques, sur un air de samba ou au son d'une musique électro. La cerise sur le gâteau: les sourires radieux des danseurs qui semblent prendre sur scène un plaisir quasi orgasmique!
Et ce bonheur non feint est infiniment communicatif. Lorsque le rideau tombe, les spectateurs se lèvent comme un seul homme pour saluer la performance des artistes avant de se mettre à onduler du bassin et à rouler des épaules dans l'espoir de prolonger quelques instants le show...
Au Trianon, métro Anvers, prolongations du 7 au 23 mars.

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29 janvier 2008

Voltaire’s Folies, au théâtre de l’Œuvre

15641Le Parisien: «Un feu d’artifice. Irrésistiblement drôle». JDD: «On se régale d’un Voltaire d’actualité». Le Canard Enchaîné: «Vraiment dingue!». Les Échos: «Infernalement drôle!». Le Figaro magazine: «Une vraie fête de l’esprit. Courez à l’Œuvre!».
La Vipère: «Mouais…Inutile de se fouler une cheville en courant à l’Œuvre… Allez-y plutôt à reculons!».

On a parfois du mal à comprendre une critique unanime et enthousiaste qui rend notre déception d’autant plus grande. Le spectacle de J.-F. Prévand au théâtre de l’Œuvre est rempli de bonnes intentions et l’énergie déployée par les 4 comédiens est remarquable, presque communicative. Malheureusement, le propos reste très cérébral et peu propice à la franche rigolade.
L’essentiel de la demi-douzaine de saynètes – pour ne pas dire sketchs – composant la pièce tourne autour de la religion: christianisation, pape, autodafés… Un plongeon en plein Candide qui vous rappelle avec un brin de nostalgie vos cours de littérature au lycée… Et honnêtement, vous vous tordiez de rire en écoutant votre prof, droit comme un I sur l’estrade, décortiquer les mécanismes ironiques de Voltaire ou de Diderot? Non, bien sûr. Au théâtre, c’est la même chose! Certes, votre professeur de français ne mimait surement pas la poularde ou le chapon, un sage chinois ou un évêque…
Mais une mise en scène agitée (voire hystérique) ne suffit pas toujours à déclencher des rires en cascade. L’exercice est brillant, le texte intelligent… mais on s’ennuie! À regrets, car les comédiens se démènent et semblent prendre beaucoup de plaisir à interpréter leur personnage. Comme on aimerait partager leur évidente complicité!
Pour apprécier à sa juste valeur ce «pamphlet cocasse et satirique contre la bêtise», il est sans doute préférable d’avoir une connaissance approfondie de la philosophie des Lumières, en tout cas supérieure à celle acquise à 16 ans en un trimestre… La Vipère avait beau être un élève attentif en classe, quelques notions lui ont sûrement échappé! Si, de votre côté, vous aviez tendance à sécher les cours de français, inutile de vous préciser de passer directement votre chemin!

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21 janvier 2008

Exposition : Gustave Courbet au Grand Palais

courbet_autoportrait_homme_pipeAttention, il ne vous reste plus qu’une semaine pour aller admirer les toiles de Gustave Courbet au Grand Palais! Si vous craignez la foule, programmez votre visite en fin de journée pour profiter du calme des sessions «nocturnes». Vous entrerez directement sans faire la moindre queue dehors, vous aurez donc à peine le temps d’apercevoir, au loin, les étincelantes guirlandes bleutées décorant encore les arbres de la plus belle avenue du monde.

L’exposition du Grand Palais présente une riche rétrospective
permettant de prendre conscience des différentes facettes de Courbet, et Dieu sait s’il en avait! Courbet était un véritable touche-à-tout souhaitant donner à ses tableaux une modernité qui scandalisera plus d’une fois ses contemporains. Issu d’une famille bourgeoise aisée, il n’a rien de l’artiste maudit qui tire le diable par la queue. Ce statut confortable ne le classe pas pour autant parmi les peintres «académiques». Au contraire, Courbet prend un malin plaisir à bousculer les traditions picturales, notamment en choisissant de représenter sur des toiles démesurées des scènes simples de la vie quotidienne. Or à l’époque, les grands formats étaient strictement réservés aux sujets nobles (comme l’histoire ou la mythologie), et non à un anecdotique «Enterrement à Ornans», par exemple. Un lourd parfum de scandale flotte de la même façon, pour d’autres raisons, autour de «L’Origine du monde» et de ses nus féminins aux poses lascives. L’aspect très réaliste de ces peintures marquera définitivement l’histoire de l’art.
Né dans le Doubs en 1819, Courbet est profondément attaché à ses racines provinciales comme en témoignent les nombreux paysages ou scènes de chasse qu’ils ne se lassent pas de mettre en couleurs dans son atelier. Beaucoup moins enthousiasmantes, ces toiles constituent malgré tout une grande partie de la production de Courbet. Si l’on peine à s’émerveiller devant les représentations multiples d’une même grotte ou d’une grosse vague, on reconnait volontiers que leur étude comparative doit se révéler palpitante…
Mais rien ne vaut les séries de portraits pour lesquelles Courbet adopte généralement une palette sombre et austère. Les arrière-plans et les vêtements se rejoignent dans leurs teintes foncées et sans relief, mettant en valeur des chairs blanches aux reflets quasi cadavériques. Plusieurs des hommes peints portent le même pantalon finement rayé: un must have de l’époque?
Enfin, comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, Courbet n’hésite pas à se croquer régulièrement, avec ou sans barbe. Ses autoportraits sont assurément les toiles les plus remarquables de l’exposition. Rêveur ou arrogant, le regard perdu ou halluciné, chacune de ses représentations est saisissante de force et de maîtrise.

Jusqu’au 28 janvier, ouvert tous les jours sauf le mardi. Nocturnes (22h) tous les soirs sauf le jeudi (20h).

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14 janvier 2008

exposition : Quand Versailles était meublé d'argent

soleil_470pxQuand Louis XIV posa définitivement ses valises à Versailles, en 1682, ses appartements étaient particulièrement étincelants. En effet, on ignore souvent qu’une bonne partie du mobilier de l’époque était alors en argent massif, sculpté par les meilleurs orfèvres de France. Consoles, miroirs, cassolettes, chenets, torchères… L’éclat de la demeure du Roi Soleil se devait d’être éblouissant! Sans le savoir, Louis XIV venait de lancer la tendance «bling bling», toujours très en vogue chez nous aujourd’hui…
Malheureusement, dès 1689 les caisses de l’état sont vides et la France doit lutter contre la coalition européenne de la ligue d’Augsbourg! Il faut donc se serrer la ceinture pour partir en guerre. Louis XIV montre dignement l’exemple en faisant fondre l’ensemble de ses meubles, aussi lourds que précieux. Il espère en récolter 6 millions de livres. Son sacrifice ne lui rapportera que 2 millions. Adieu meubles clinquants aux reflets aveuglants…

Aujourd’hui, le château de Versailles fait revivre les 7 années de fastes inimaginables
qui marquèrent l’installation du roi dans son nouveau palais. Après avoir étudié des dessins, des croquis et des peintures évoquant ou représentant le décor luxueux des appartements royaux, les conservateurs ont réussi à dénicher aux quatre coins de l’Europe des meubles d’argent aux dimensions et aux formes très proches de ceux qui illuminèrent les journées – et surtout les soirées – de Louis XIV et de sa cour. La plupart de ces meubles proviennent des cours européennes du début du XVIIIe siècle (Danemark, Prussie, Angleterre…). Chacun se fond (sans jeu de mots) parfaitement dans les salles du château : ici au pied d’une cheminée, là sous un lustre de cristal… Souvent tarabiscotés et tape-à-l’œil, leur délicatesse est inversement proportionelle à leur kitchitude. N’oublions pas que Louis XIV était aussi le roi de l’apparat et que seul comptait l’effet produit!
L'exposition est présentée dans sa luminosité d’origine,
c’est-à-dire sans les avantages de la fée éléctricité. L’ambiance n’en est pas moins magique, au contraire. Adieu ampoules et néons, bonjour bougies et chandelles! Le visiteur parcourt les chambres et les salons dans une pénombre enveloppante teintée de mille lumières argentées. La douce lueur des flammes vacillantes se reflète à l’infini dans de grands miroirs et amplifie l’éclat métallique et scintillant du précieux mobilier.
Et que dire des créations du décorateur Jacques Garcia qui s’est amusé, entre autres, à mettre en scène un appétissant buffet et à reconstituer le trône du roi dans une Galerie des glaces métamorphosée par sa récente rénovation.
Grâce à cette somptueuse exposition et à sa scénographie à couper le souffle, vous n’avez besoin que d’un soupçon d’imagination pour vous représenter quelques siècles plus tôt, une perruque poudrée sur la tête, croisant le roi lors d’une «soirée d’appartement» qu’il ne se lassait pas de donner. Priez juste pour que la voix stridente d’un guide québecquois ou la bousculade incesssante de touristes japonais ne viennent pas briser votre rêve éveillé.

"Quand Versailles était meublé d'argent", jusqu'au 9 mars 2008

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18 décembre 2007

Restaurant « Le Toustem » (Paris)

150_H_d2Le Toustem est le « bistrot » parisien d’Hélène Darroze, vous savez ce grand chef cuisinier haute comme trois pommes et blonde comme les blés. Depuis un ou deux ans, on parle beaucoup d’elle dans les médias, aussi bien pour son restaurant gastronomique rue d’Assas (2 étoiles au Michelin) que pour son ouvrage de cuisine au titre invraisemblabe («Personne ne me volera ce que j’ai dansé», Le Cherche-Midi).
Si vous souhaitez goûter la cuisine du Sud-Ouest d’Hélène mais que votre budget « restaurant » mensuel ne comporte que deux chiffres avant la virgule, oubliez la rue d’Assas et filez du côté de Notre-Dame au Toustem («Toujours», en landais). Là, installez-vous de préférence à une table au rez-de-chaussée, plus cosy et plus intime que les salles du sous-sol même si ces dernières profitent de l’effet « cave voûtée ». Le restaurant a été décoré par la designer on-ne-peut-plus-tendance, j’ai nommé Matali Crasset, qui a réussi à apporter une touche de couleur, d’originalité et de peps même si l’ensemble reste un peu froid.
Passons aux choses sérieuses : la carte. Faison simple : tout donne envie. Les mets ne sont pas classés par genre (entrée, plats, fromages, desserts), mais par style (« gourmands », « traditions », etc.). Les saveurs du Sud-Ouest sont à l’honneur, le foie gras s’invite dans de nombreux plats. Précisons ici que comme tout bon chef qui se respecte, Hélène Darroze cuisine en fonction des saisons, par conséquent la carte change régulièrement.
En entrées, je vous propose des escargots en brioche de Christine Ferber (4 petites bouchées fondantes à tomber raide sur le sol peint en orange par Matali Crasset !) ou des coquilles Saint-Jacques à la plancha et purée de topinambours (plus léger mais tout aussi délicieux). Ensuite, laissez-vous tenter par le chou farci (de veau, de bœuf, de volaille, mijotant dans un jus avec carotte et foie gras), que le serveur vous présente dans une énorme cocotte avant de vous en découper un morceau généreux. Ou bien goûtez la spécialité du chef : la macaronade de foie gras ! Je ne peux pas vraiment témoigner de ces appétissantes penne au foie gras, mes camarades de tablée m’ayant à peine fait goûter à leur assiette, ce qui est plutôt bon signe, vous en conviendrez.
Pour finir en douceur : un millefeuille de marrons à la pomme verte (nous l’avons partagé à quatre et avons failli nous battre. J’aurais volontiers donné un bon coup de fourchette à ma voisine pour lui piquer sa part). Ou un vacherin aux fruits exotiques (très bon, mais pas aussi exceptionnel que le reste).
Les serveurs sont jeunes, charmants, attentifs. Sans doute un brin trop bavards : si désormais je suis incollable sur le chou farci, c’est que j’ai eu le droit par deux fois à une explication détaillée de sa composition. Mais leur enthousiasme est plutôt communicatif et ils prodiguent d’excellents conseils en vin (gouleyant ou pas gouleyant? Telle était notre question).
Évidemment, cette qualité a un prix (comptez 60 euros par tête, vin compris), mais de temps à autre il faut savoir se faire plaisir !
Le Toustem, 12 rue de l’Hôtel-Colbert, 75005 Paris. Réservation indispensable.

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14 décembre 2007

3 bonnes raisons de courir voir l’exposition Fragonard (jusqu’au 21 janvier)

frago1/ Parce qu’elle se tient au musée Jacquemart-André ! C’est tellement plaisant de quitter son petit appartement aux mètres carrés comptés et aux murs fissurés pour aller errer dans cet hôtel particulier aux volumes si généreux qu’il pourrait accueillir aisément un troupeau d’éléphants et un banc de baleines à bosse. Même une girafe perchée sur des échasses réussirait à visiter l’exposition sans devoir baisser la tête.

2/ Parce que le musée Jacquemart-André se dresse au 158 Boulevard Haussman ! Soit à quelques centaines de mètres du Printemps, des Galeries Lafayette, j’en passe et des meilleurs. Or il ne vous reste plus que 10 jours pour achever votre shopping de Noël. Le pack M&M (musée-magasins) me paraît donc un programme idéal pour un après-midi de RTT, par exemple. Zappez la 2e étape si vôtre budget vous permet d’acheter directement sur place quelques dessins de Fragonard. Quelle merveilleuse idée cadeau pour la nouvelle maison de campagne de vos parents!

3/ Parce que pour tromper la grisaille parisienne rien ne vaut le coup de pinceau vif et coloré de l’artiste !
Dans ses scènes champêtres, Fragonard fait souffler une brise légère qui décoiffe les jeunes filles, fait voler les froufrous et les rubans, encourage les regards complices et les clins d’œil équivoques. Ses tableaux raffinés pétillent de suggestions coquines. On imagine facilement le plaisir pris par le peintre à intégrer sur ses toiles de multiples détails fissurant un classicisme apparent. Un plaisir fortement communicatif ! Et que dire de la surprenante série de dessins illustrant une édition de Don Quichotte, si ce n’est qu’il est difficile de perdre son sourire en arpentant la salle dans laquelle ils sont exposés!? À la fois drôle, frivole, audacieux et appliqué, Jean-Honoré Fragonard aurait sans nul doute fait partie de notre cercle d’amis, c’est certain.

Bon week-end !!!

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21 novembre 2007

Fécamp : son palais de la Bénédictine, son casino !

empreinteVous avez envie de quitter Paris et ses grèves pour prendre un grand bol d’air frais et éventuellement voir la mer ? Partez donc pour une journée à Fécamp!
Située juste au-dessus d’Étretat, cette charmante petite ville du Pays de Caux abrite le fameux Palais de la Bénédictine. Construit au tout début du siècle dernier, son architecture très travaillée vaut le coup d’œil. Vous pouvez même le visiter. Des séries de tableaux italiens de La Renaissance sont exposés dans les galeries, ainsi que des serrures et des clés de la même époque, des objets liturgiques, de vieux manuscrits… Bref, un bric-à-brac sans grand intérêt qui peine à remplir les volumes impressionnants de chaque pièce. Inutile de s’y attarder : mieux vaut rejoindre la distillerie pour découvrir quelques-uns des secrets de fabrication de la fameuse liqueur. N’oubliez pas de passer par le bar pour une dégustation et faites aussi un crochet par les toilettes : rarement il vous sera donné d'en découvrir de si propres, si délicatement parfumées, si bien chauffées… On y passerait facilement la journée !
En quittant le palais, filez tout droit vers les plages (de galets !) puis tournez à gauche. Avant d’entrer dans le casino, admirez le magnifique coucher de soleil sur les falaises de craie.
Il faut montrer patte blanche désormais pour avoir la chance de tripoter des machines à sous. L’huissier vous demande assez sèchement votre carte d’identité puis la passe dans un lecteur optique tout en vous dévisageant sans sourire. Vous vous dîtes que l’étape suivante consisterait à ce qu’il prenne votre empreinte digitale et procède à une fouille au corps sans concession. À moins qu’il s’agisse là de l’un de vos fantasmes inavoués (Allo, Desesperate Psy ?).
Une fois à l’intérieur du Casino, vous apprécierez l’air saturé de fumée de cigarettes, le bruit clinquant des pièces dégringolant des carcasses métalliques, les soupirs de désolation ou de déception, les bouffées d'angoisse, les néons clignotants et toutes les mélodies klaxonnantes. Avec (beaucoup) d’imagination, vous pourriez presque vous imaginer à Las Végas – où sont les chapelles privées ?!
Trois heures plus tard (j'ai bien dit TROIS heures plus tard), vous ressortez le portefeuille plus léger mais le cœur lourd (la faute à vos camarades fumeurs de gitane). Vous vous dîtes qu’il y a sûrement à Fécamp une jolie église, un joli port et une jolie place de la Mairie, mais là, il est vraiment trop tard, il fait déjà nuit noire et un programme télé chargé vous attend !

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29 octobre 2007

Parc Asterix : le coup de vieux !

toileajpgCela fait très longtemps que je ne suis pas allé voir une expo ou visiter un château… Le nombre de mes sorties culturelles est en chute libre ces dernières semaines. Il me fallait vite réagir pour stopper l’hémorragie. C’est donc sans la moindre hésitation que j’ai courageusement sacrifié ma grasse matinée dominicale pour filer… au parc Astérix !

Entendons-nous bien, le coup de vieux, il concerne avant tout le parc ! Dalles fendues, peintures tâchées, sculptures égratignées… Sans parler de tous les personnages en plastique grandeur nature disséminés sur les bas côtés. Sur la plupart d’entre eux, des toiles d’araignées relient généreusement leur gros nez à leurs longues oreilles.
Il me faut pourtant reconnaitre que le coup de vieux a aussi touché La Vipère et son trio d’amis trentenaires. (Très jeunes trentenaires, SVP. Moyenne d’âge du groupe : 31,75 ans).
Ci-dessous, quelques exemples significatifs du fossé séparant le jeune du trentenaire :

1/Pendant le grand-huit
Sur le trajet de chaque grand-huit est dissimulé un appareil photo servant à immortaliser votre passage la tête en vrac à la sortie d’un looping. Sur le cliché (que vous pouvez ensuite acheter pour la modique somme de 7,50 euros), le trentenaire a généralement les yeux fermés, la bouche ouverte et les mains nerveusement cramponnées à la barre de sécurité. Bref, le trentenaire s’est fait surprendre comme un bleu par ce flash inattendu.
Pas le jeune ! Lui, il apparaît sur la photo les 2 bras en l’air, comme pour défier l’apesanteur ! Généralement, il fait aussi un clin d’œil complice à l’objectif avec une mine hilare.

2/Après le grand-huit
Le trentenaire se dégage assez difficilement de sa petite cariole. « T’as pas mal dans le bas du dos ? » demande l’un. « Non, je ressens plutôt une gêne au niveau des cervicales » répond l’autre. Puis, d’un air entendu, toute cette joyeuse bande d’éclopés se dirige mécaniquement vers la mini-croisière sur eau stagnante, histoire de souffler un peu.
Le jeune, lui, sort de son wagon par un bond de cabri puis pique un 100 mètres pour rejoindre à nouveau la file d’attente du grand-huit. Des sensations fortes, il en redemande. Sans compter qu'il espère améliorer sa grimace sur la photo ! La mini-croisière, il la laisse volontiers à son petit frère de moins d’1m20 (et donc interdit de looping) et à sa grand-mère.

3/ La barbapapa
Quand on lui prépare une barbapapa grosse comme un menhir, le trentenaire se réjouit ! Mais au bout de 3 bouchées, il commence à avoir du mal à avaler cet épais nuage saturé de sucre. Même avec la complicité de ses 3 amis, il ne réussira pas à venir à bout du monstre rose. Quelques minutes après, il ne se sentirait pas plus écœuré si on lui avait versé directement dans le gosier une brique entière de Daddy Sucre. Lorsqu’ensuite il passe devant le Palais du Bonbon, le trentenaire détourne vite la tête pour ne pas vomir.
Le jeune, lui, avale les barbapapas à la chaîne, mais engloutit aussi des crêpes au nutella et des gaufres à la chantilly, pour varier les plaisirs. Au Palais du Bonbon, il hésite entre la tresse géante de guimauve et la giga sucette multicolore. Finalement, il préfère remplir un sachet de bonbons Haribo et Grand-mère l’a mauvaise quand elle doit débourser 11,55 euros pour 340 grammes de fraises Tagadda, de crocodiles et de bananes.

4/ La photo souvenir
Le trentenaire est preque ému de se retrouver entouré par Obélix et Astérix, les sympathiques héros de sa jeunesse ! Certes, il se sent un peu grand et vieux en constatant qu’Astérix lui arrive au niveau de la poitrine, mais bon, cela lui permet de bien étudier ses faux cheveux en mousse jaune poussin et de compter les toiles d’araignée qui s’y nichent. Heureusement qu’Idéefixe n’est pas de la partie : à la même échelle, le trentenaire risquerait de lui marcher dessus sans même sans apercevoir.
Le jeune, lui, fuit toute la journée l’atelier photo avec ces pauvres mecs déguisés comme des gros bouffons! Trop la honte !

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19 septembre 2007

Good Canary, Théatre Comédia

18002New York, Annie et Jacques. Un homme, une femme, et quelques personnages secondaires. Une histoire d'amour passionnée mais minée par quelques sachets d'amphétamines. Un roman écrit par l'un mais défendu par l'autre. Et un canari en cage, spectateur privilégié des angoisses, des crises, des déchirures.
Il est inutile de s'attarder trop longtemps sur l'intrigue : un couple dans la tourmente de la gloire littéraire et de la drogue, rien de bien nouveau sous le soleil... Seulement voilà, la mise en scène hallucinante (au sens propre comme au figuré) de John Malkovitch donne au propos une force et une violence saisissantes.
Il faut l'avouer, les 30 premières minutes déconcertent. Malkovitch prend son temps pour planter le décor, sonder les caractères complexes d'Annie et Jacques et disséquer leur relation chaotique. Derrière les comédiens, six panneaux juxtaposés s'animent astucieusement pour marquer chaque scène. Ils affichent les différentes unités de lieux (appartements new yorkais, café au coin de la rue, chambre d'hôpital...), mais aussi les émotions passagères des personnages, leurs pensées, leurs délires... Ils s'allument, s'éteignent, s’avancent puis se retirent, se remplissent de chiffres ou de pilules, s’habillent de couleurs vives ou foncées...
Grâce à ce procédé scénique inventif et à quelques notes de piano envoûtantes, John Malkovitch rythme le jeu des personnages et souligne avec une fantaisie troublante les tensions dramatiques qui les secouent : leurs mots/maux résonnent plus fort.
À ce jeu-là, Cristiana Réali est bouleversante. Sa performance éclipse un Vincent Elbaz encore un peu hésitant. La comédienne excelle dans tous les registres. Elle agaçe et agresse en hystérique torturée avant de vous arracher des larmes en amoureuse fragile et désarmée. Toute la pièce repose sur les épaules pourtant frêles de son personnage.
Au final, on quitte le théatre complètement sonné par le dénouement brutal de ce drame poétique, avec en mémoire le beau visage d’Annie, comme une hantise.
Note finale de La Vipère : 8,5/10

Théâtre Comédia, 4, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris

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