Une vipère à Paris

Blog pipolo-culturo-rigolo d'une vipère sensible et insaisissable qui pique et critique (un peu), s'étonne et s'émeut (souvent).

19 mars 2008

Les Disparus, Daniel Mendelsohn (Flammarion)

51rDlFlsxrLParu en septembre 2007, cet ouvrage émouvant sur la Shoah a vite été présenté comme l'anti Bienveillantes. Couronné par le prix Médicis étranger, Les Disparus a aussi été élu Livre de l'année par le magazine Lire. Même s'il a désormais quitté les vitrines des librairies, inévitablement éclipsé par les nouveautés de 2008, n'hésitez pas à vous plonger dans ce document unique.

Daniel Mendelsohn s'est toujours intéressé aux histoires de famille, notamment grâce à son grand-père qui lui contait sans cesse mille anecdotes sur ses parents, ses oncles ou tantes, anecdotes mêlant malicieusement réalité et fiction. Plusieurs photos en noir et blanc et quelques vieilles lettres manuscrites venaient appuyer ses récits retraçant le destin hors du commun des Mendelsohn, une famille juive originaire d'Europe de l'Est et ayant émigré aux Etats-Unis au début du XXe siècle.
Toutefois, en dépit des documents parcheminés et des fragiles et lointains souvenirs, une zone d'ombre profonde masque la disparition tragique de Shmiel, le grand-oncle de Daniel, de sa femme et ses quatre filles. Tout juste sait-on que cette famille nombreuse, restée à Bolechow, en Pologne, n'a pas survécu à la folie destructrice des Nazis.
Comment se sont déroulées leurs dernières années? Quand ont-ils été tués? Dans quelles circonstances? Ont-ils tenté de fuir ou de se cacher? C'est pour répondre à toutes ces questions, et surtout pour donner à travers son texte une seconde vie à ces "disparus", que l'auteur décide de se lancer dans une longue enquête qui le mènera aux quatre coins du monde.
Pendant des années et des années, Daniel M. va fréquenter bibliothèques et archives avant de s'envoler pour la Pologne, mais aussi l'Australie, Israël, le Danemark… Voyageant souvent en compagnie de Matt, son frère photographe, il va inlassablement rechercher d'anciens habitants de Bolechow susceptibles d'avoir connu Shmiel et sa famille. Grâce à tous les témoignages enregistrés, il réussira, de fil en aiguille, à cerner la personnalité de son grand-oncle, à reconstituer la fin tragique de ses filles, mais aussi à glaner quelques renseignements sur leurs tempéraments, leurs habitudes ou leurs amis. Silence meurtri des survivants, mémoires défaillantes, témoignages contradictoires: l'auteur devra faire preuve de patience et d'obstination pour y voir définitivement plus clair.

La force du livre de Mendelsohn réside dans toutes les rencontres humaines qu’il a su provoquer pour mener à bien son enquête. Peu importe si ses doutes pèsent toujours plus lourd que ses certitudes, si certaines interrogations restent sans réponse. Le témoignage bouleversant des juifs rescapés de Bolechow dépeint des années de terreur et de sang où l’insoutenable côtoie l’inimaginable. L’auteur retranscrit avec une délicatesse bienveillante les histoires extraordinaires de cette poignée d’hommes et de femmes qui, en traversant à pied toute l’Europe ou en restant cachés des mois dans un placard souterrain, ont réussi à survivre. Il souligne aussi leur volonté incessante de parler des victimes, de ne pas les oublier, même s‘il faut pour cela se laisser rattraper par de douloureux souvenirs.
Le lecteur, lui, doit parfois ravaler ses larmes et laisser son regard s’attarder sur un portrait réalisé par Matt avant de pouvoir tourner à nouveau les pages du livre. Un livre précieux qui, s’il réserve parfois des passages longs et obscurs, renferme trop de moments de grâce littéraire pour qu’on veuille le laisser de côté.

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26 février 2008

Héléna Marienské : Le Degré suprême de la tendresse (éditions Héloïse d'ormesson)

9782350870687_1_Déjà le titre, emprunté à Dali qui définissait par ces 6 mots le cannibalisme, est savoureux. En couverture, la bouche carmin croquant goulument une cerise écarlate nous ouvre l'appétit. Et que dire de de l'accroche au dos du roman "Des mises en bouche à la chute mordante", exquisément truculente! L'emballage de ce roman est aussi réussi que son contenu.

Héléna Marienské livre 8 pastiches en 200 pages, un exercice de style difficile exécuté avec brio et malice. Le point de départ de ce livre inclassable: l'histoire entendue un jour par l'auteur au comptoir d'un bistrot, d'un homme ayant un peu trop vite baisser son boxer Dim ou Calvin Klein devant le doux visage d'une jeune femme qui ne comptait guère se faire gaver comme une oie docile... et qui mordit à pleines dents dans l'appendice encombrant!

A partir de cette anecdote singulière, de cette fellation tournant, en quelque sorte, à la décapitation, Héléna Marienské trempe sa plume dans les encriers de Houellebecq, Céline, La Fontaine ou encore Ravalec. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle parvient à restituer les univers et les styles de ces différents auteurs avec une justesse déconcertante. Le texte à la manière d'Angot, par exemple, agace autant que les romans nombrilistes cette chère Christine, mais avec une touche d'humour en plus, évidemment! Et la prose en vieux françois à la façon de Gédéon Tallemant des Réaux se lit avec une infinie admiration.

Le lecteur reste bouche bée (sans mauvais jeu de mots) devant une telle connaissance de la littérature française (Héléna est agrégée de lettres) mise astucieusement au service d'un sujet grivois et léger. Des pastiches aussi variés que divertissants, à consommer sans modération.

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19 décembre 2007

Alabama Song, de Gilles Leroy, éditions Mercure (Prix Goncourt 2007)

alabamPour une fois qu’un Goncourt nous ravit, ne boudons pas notre plaisir! Alabam Song est à coup sûr le roman de l’hiver, ne vous contentez pas de l’offrir à votre grand-mère.

Que dire… Comment trouver des mots suffisamment forts et explicites pour retranscrire le plaisir quasi magique suscité par la lecture de ce roman. Un roman complètement fou, à plus d’un titre. Primo parce qu’il repose sur une narration éclatée, faisant fi de toute chronologie et composant une biographie imaginaire de Zelda Fitzgerald sans négliger pour autant la vérité historique. Secundo parce que l’héroïne principale est elle-même sans cesse en équilibre sur le fil fragile de la raison, trébuchant régulièrement dans des maisons de repos et des cabinets de psychiatres.
C’est sa voix, attachante, parfois fracasssante mais toujours émouvante, que l’on entend sur plus de 200 pages. Gilles Leroy dresse le portrait d’une femme libre n’écoutant que son cœur pour tomber dans les bras des hommes, n’obéissant qu’à ses envies pour s’amuser et danser, danser encore, sans jamais se soucier des regards moqueurs ou scandalisés. Le caractère bien trempé et rebelle de cette fille du «grand juge» lui permet toutes les audaces, tous les excès. Et lorsqu’elle rencontre Francis Scott F. forcément les mots s’emballent pour décrire un coup de foudre digne du septième art. Avec Zelda, le tiède n’existe pas.
Malheureusement, les promesses d’un mariage palpitant d’amour se brisent peu à peu. Les flammes de la passion vacillent et laissent la place à d’autres feux destructeurs et douloureux. Reste la volupteuse sensibilité de Zelda dont l’âme d’artiste est mis à mal par un mari alcoolique qui ne cesse de la dévaloriser et de la rendre prisonnière de son propre talent.
Malgré le temps qui passe, son corps et sa mémoire qui lui jouent de mauvais tours, la fiction et la réalité qui se confondent, Zelda garde la fraîcheur d’une jeune fille sachant que les contes de fées réservent toujours de sordides coulisses. Un vent de nostalgie souffle sur ses phrases, sa vie parisienne agitée, ses amours solaires avec un aviateur français dont le souvenir incandescent la ravage.
Tous ces épisodes se juxtaposent, se chevauchent, se surperposent, se répondent. Un peu comme un puzzle qu’il ne faudrait surtout pas reconstituer de peur que chaque pièce perde de son éclat. Surtout ne pas lisser la réalité.
Pour finir, ajoutons que le récit de Zelda est porté par une écriture mélodieuse et entêtante. Tel un long poème chahuté, il laisse en mémoire de délicieux échos.

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26 novembre 2007

La Passion selon Juette, de Clara Dupond-Monod (Grasset)

juetteLe livre de Clara Dupont-Monod figurait dans la dernière liste des prétendants aux Goncourt. Pas mal pour une romancière trentenaire ! La Passion selon Juette, c’est le récit d’une jeune femme défiant les valeurs et les traditions du Moyen Age. Cette féministe avant l’heure a réellement existé et la romancière prend plaisir à lui offrir une seconde vie.

Juette a beau n’avoir que 13 ans, elle sait déjà parfaitement ce qui l’attend. Elle sait qu’un jour proche son corps d’enfant l’abandonnera. Elle sait que ce jour-là ses parents s’empresseront de la marier à un homme qui la possèdera à sa guise. Elle sait qu’elle passera des journées entières à coudre, comme sa mère. Autant dire que ce programme ne la réjouit guère. Si encore elle pouvait s’appuyer sur l’Église ! Mais celle-ci est représentée par un évêque perfide et immoral… Seul son ami Hugues comprend ses silences, ses doutes et ses interrogations.
Juette n’échappera pas à son destin de femme. Elle connaîtra les assauts violents d’un homme qu’elle n’aime pas et les grossesses répétées qui déforment le corps. Mais lorsqu’un soir une apparition divine lui permettra d’échapper à un viol programmé, elle comprendra qu’il est grand temps pour elle de faire de sa foi une force irrésistible, de jeter aux orties les valeurs familiales et les dogmes de l’église qui l’emprisonnent.
C’est en croyant à ses propres visions et aux histoires qui animent son esprit que Juette puisera l’énergie nécessaire pour s’engager auprès des lépreux et commencer une nouvelle vie. Évidemment, ce dénouement ne plaira guère à sa famille, ni au clergé… Seul le fidèle Hugues soutiendra son amie tout en s’inquiétant des remous provoqués par son comportement inflexible et révolté.
La plume de Clara Dupont-Monod est sèche. Les phrases, courtes, se juxtaposent sans façon. Elles traduisent parfaitement la détermination de Juette, sa volonté farouche de s’émanciper. En revanche, elles peinent à dépeindre les sentiments de la jeune femme et à rendre palpables ses émotions. Comme si son cœur restait hors de portée du lecteur. Difficile dès lors de s’attacher au personnage et de suivre avec passion son histoire, aussi hors du commun soit-elle.

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20 novembre 2007

Arlington Park, de Rachel Cusk

arlingtonAprès La Physique des Catastrophes de Marisha Pessl, la deuxième déception littéraire de l’automne se nomme Arlington Park, de Rachel Cusk. Pourtant, on se réjouissait sincèrement de plonger dans un roman publié par les vénérables éditions de l’Olivier, un roman dont les héroïnes sont sans cesse comparées aux Deseperate housewifes par les critiques littéraires.
Il est indéniable que Juliet, Amanda et leurs copines ne sont pas très éloignées de Bree, Lynette ou Susan. Dans leur banlieue anglaise chic et snob, elles trompent l’ennui du mieux possible. Les pauvres n'ont même pas un beau jardinier latino à se mettre sous la dent, et en plus il pleut tout le temps… L’impression tenace de ne pas mener la vie dont elles rêvent colle fermement aux semelles de leurs bottes fourrées, comme un vieux chewing-gum à la menthe poivrée.
Au fur et à mesure de leurs journées sans surprises car rythmées comme du papier à musique, chacune semble étouffer dans sa cage dorée. Tout est prétexte à l’introspection et au coup de blues systématique qui en résulte. Un coup de shopping entre copines au centre commercial, un coup de fil de sa mère, un coup d’œil dans le miroir : chaque geste de la vie domestique attise les frustrations de ces jeunes femmes qui ne peuvent guère compter sur leur mari pour chasser leur sentiment pesant d’inutilité. Au contraire, dans la prose de Rachel Cusk, les hommes ont tendance à enfoncer le clou avec une énergie toute naturelle. Même les enfants de nos tristes héroïnes ne parviennent pas toujours à donner une couleur chatoyante aux journées sous Valium de leur maman.
Le problème, c’est que l’immense lassitude des personnages a tendance à gagner peu à peu le lecteur. Les chapitres sont très inégaux et si certains réussissent parfois à serrer le cœur ou à faire grincer des dents – l’auteur sait porter un regard lucide et caustique sur la situation pathétique de ses protégées –, la plupart ennuient avec des phrases alambiquées qui, par mille chemins de traverse, dressent toutes le même constat d’échec familial, sentimental ou professionnel. De grâce, que les scénaristes de Deseperate indiquent quelques raccourcis à Rachel !

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05 novembre 2007

La physique des catastrophes, de Marisha Pessl : Comme une déception…

pessljpgSouvenez-vous : ce roman, on misait dessus début septembre comme la bonne surprise de la rentrée littéraire. Deux mois plus tard, dont près d’un entier consacré à la lecture de cet épais pavé, la déception est grande comme un séquoia s’élançant vers le ciel.

On s’incline devant l’efficacité des services marketing et commercial des éditions Gallimard qui ont brillamment lancé le livre comme on présente au monde un nouveau chef d’œuvre. Il y a fort à parier que si l’auteur n’était pas une jeune Américaine d’à peine 30 ans, jolie comme un cœur avec ses longues boucles blondes et son sourire éclatant, La Physique des catastrophes aurait rejoint les étagères des libraires dans une discrétion absolue. Les jurés des prix littéraires ne s’y sont pas trompés qui, après avoir retenu le livre dans leurs premières sélections, l’ont très vite supprimer de leurs tablettes comme on raye d’un coup de crayon du beurre sur sa liste de courses.

Que nous raconte Marisha Pessl dans son premier roman ? L’histoire d’une adolescente américaine, Bleue, dont le QI donnerait facilement des complexes à Sharon Stone. Une jeune fille surdouée, suivant gentiment son papa adoré, un brillant universitaire zigzaguant aux quatre coins des États-Unis en fonction des postes qui lui sont proposés dans les facultés. La mère de Bleue, elle, s’est suicidée il y a longtemps déjà.
Un beau jour, notre petite famille s’installe à Stockton (Caroline du Nord) et Bleue intégre l’école St-Gallway. Elle y fait la connaissance d’un professeur atypique et énigmatique, Hannah Schneider, qui l’invite à rejoindre son cercle d’« admirateurs » : 5 élèves gentiment déséquilibrés qui gravitent autour d’elle et de sa personnalité mystérieuse. Quelques semaines plus tard, un meurtre vient semer trouble et effroi au cœur de cette confrérerie adolescente où Dawson Leery et Joey Potter seraient accueillis à bras ouverts.
Il est difficile de suivre avec passion les péripéties de ces jeunes gens tant l'histoire manque de rythme et de progression. Certes, l’auteur parvient à créer des atmopshères (souvent pesantes) et à faire de Bleue, Hannah et tous les autres des héros complexes à la psychologie fouillée. Il faut dire que 610 pages, ça laisse du temps pour approfondir le caractère de ses personnages ! Quant au dénouement final, il est totalement abracadabrant car bâclé : sans doute ne compte-il guère et doit-on chercher ailleurs l’intérêt du roman.

Ailleurs, OK, mais où ?
- Dans la critique caustique de la société américaine ? Peut-être, mais lorsqu’on a déjà lu Donna Tartt et Le Maître des Illusions, les aventures d’adolescents complexés en Caroline du Nord paraissent bien fades, comme un épisode du Club des Cinq, mais à 6 et sans chien.
- Dans le style adopté pour la narration ? Certes, le récit déborde de concepts originaux (des dessins de Bleue illustrent quelques pages) et de procédés inventifs (le dernier chapitre se présente sous la forme d’un QCM), pourtant cette attention extrême portée au style est d’une incroyable lourdeur. Les renvois incessants à des livres et à des films dans le corps du texte rendent la lecture laborieuse et pénible.
Et que dire du recours systématique aux comparaisons ? Si elles surprennent et amusent dans les premières pages, très vite elles lassent puis agacent tant elles semblent répondre à un cahier des charges strict et précis plutôt qu’à une réelle sensibilité littéraire. Dans la prose de Pessl, on vous attrape «comme un livre par la couverture», on pose ses pieds sur un coussin « comme des travers de porc servis à un roi», on vous fait un sourire «comme un marque-page» et on vous parle avec une voix «raide comme des chaussures neuves». Bref, lire une phrase sans le mot «comme» relève simplement de l’exploit.

Nous, on referme ce livre comme on claque la porte d’un luxueux dressing n’abritant que des haillons colorés et d’épais souliers troués.

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18 octobre 2007

Sam the cat, de Matthew Klam

samUne fois de plus un petit bijou publié dans l'excellente collection de poche 10/18, dirigée par l'excellentissime Jean-Claude Zylberstein, qui un jour m'engagera pour le remplacer – mais chut il ne le sait pas encore...
De quoi s'agit-il? 7 nouvelles écrites par un jeune américain. Leur point commun? Toutes ont pour noyau un  homme et une femme qui s'aiment ou, plus excatement, qui semblent s'aimer, voire qui se persuadent qu'ils s'aiment ! Vous me suivez? Ces histoires de couple sont invariablement racontées du point de vue de l'homme, ce qui donne une réelle unité au court recueil.
Dans chaque nouvelle, le narrateur décrit ses tendres sentiments pour sa petite copine, sa fiancée ou sa femme, et les joies multiples de la passion et du sexe... Comme dans un conte de fées, la vie en rose bonbon semble bel et bien exister dans les banlieues américaines. Sauf que très vite le cadre idyllique se fissure. Quelques mots bien choisis suffisent à faire tourner le sirop sucré en un vinaigre particulièrement acide. 
L'auteur dépeint avec une plume romantique de magnifiques faillites conjugales ! Au sentiment amoureux se superposent toujours des angoisses ou des doutes qui plongent les personnages masculins dans des abîmes de désenchantement ou de résignation. Il suffit d'un rien (un coup de soleil, un poulet trop cuit) pour que le vernis craque et laisse apparaître rancœur et frustration. Les personnages ont beau fermer les yeux et hurler qu'ils s'aiment pour la vie, on ne les croit pas une seule seconde.
C'est bien vu, cruel... mais d'une fatalité légèrement effrayante !

Extrait :
"Elle est toujours avec moi, mon adorable épouse que j'aime, qui fredonne et qui chante quand il y a de la tension dans l'air, qui éclate de rire alors que toutes les portes sont ouvertes, qui va dans le salon pour discuter avec sa sœur au téléphone pendant que je termine le dîner. Pas d'histoires, on va être heureux, Linda et moi. On va s'en sortir. Ce n'est pas parce qu'on s'engueule de temps en temps qu'on est obligés de se haïr éternellement". Matthew Klam, Sam the cat, 10/18, 2007
Note de La Vipère : 7/10

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02 octobre 2007

"Mal de pierres", de Milena Agus

malpierresC'est l'histoire d'un roman italien sorti l'année dernière dans une indifférence quasi générale et qui depuis s'est tranformé en best-seller (plus de 100 000 exemplaires vendus) grâce à un bouche-à-oreille flatteur.
Pourtant, on ne peut pas dire que l'on ait eu l'impression de découvrir un chef d'œuvre en se plongeant dans la courte saga un brin lénifiante de cette famille sarde.
Pendant la Seconde guerre mondiale, l'héroïne du livre cède à la pression de ses parents et épouse l'un des rares hommes ayant demandé sa main. C'est qu'une réputation tenace de... "cinglée libérée" dirait-on aujourd'hui, la poursuit. Lors d'une cure sur le continent, pour soigner son "mal de pierres" (calculs rénaux), elle rencontre un autre homme qui met ses sens en émoi.
La narration du roman est assurée par la petite-fille de l'héroïne qui a récupéré, après sa mort, ses carnets de notes. Mais de temps en temps, on entend aussi directement la voix de cette jeune femme qui semble résignée à taire ou à déjouer ses envies et ses sentiments sans faire trop de vagues. Aussi finit-on par confondre les personnages, rarement désignés par leur prénom, mais plus souvent par des cascades de "ma grand-mère", "sa grande tante", "mon père", "son grand-père"... Un flou artistique s'installe peu à peu sur une écriture dépouillée de toute modernité, écriture qui n'est pas sans rappeler celle de "Sauvez-moi", le roman au charme désuet de Marcelle Sauvageot publié... en 1935 !
Le succès du livre ne s'explique donc aucunement par un style innovant ou par un procédé narratif original (les flash-back). Le dénouement final, plutôt inattendu, pourrait être l'une des raisons valables. À moins que l'argument le plus recevable soit tout simplement sa faible pagination...
"Mal de pierres", Milena Agus, 128 pages (écrit gros avec beaucoup de blanc), éditions Liana Levi.
Note finale de La Vipère : 5,5/10

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01 octobre 2007

Livre : "Habillés pour l'hiver", de David Sédaris

sedarisVous cherchez un roman à lire dans le métro? Un récit avec des chapitres courts qui se calquent sur le temps de vos trajets? Un livre qui vous captive jusqu'à vous faire oublier les odeurs désagréables de vos camarades de wagon? Un livre qui vous fasse rire quitte à passer pour un fou au milieu de troupeaux de voyageurs aux visages désespérement sinistres? Lisez David Sedaris !!!
Dans "Habillés pour l'hiver", le narrateur raconte de savoureuses tranches de vie. Des épisodes de son enfance américaine alternent avec sa vie d'adulte parisienne. La plupart des anecdotes gravitent autour de sa nombreuse famille – son père au caractère bien trempé, ses 3 sœurs aux profils atypiques – et de Hugh, son doux compagnon qui réussit pourtant si bien à l'agacer ! C'est toujours ironique à souhait et surtout très, très drôle. David Sédaris s'arrête sur des détails a priori insignifiants pour sonder avec une grande justesse le cœur de ses semblables. Il dresse une truculente galerie de portraits et se croque lui-même avec un sens de l'autodérision réjouissant.
Le livre vient de paraitre en poche : vous n'avez aucune excuse pour ne pas l'embarquer avec vous dans toutes vos pérégrinations parisiennes !
Note finale de La Vipère : 7,5/10

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11 septembre 2007

"Chroniques de l'asphalte" de Samuel Benchetrit (Julliard)

BenchetritCe garçon a vraiment tout pour plaire, limite il nous agace. Déjà qu'il affiche une beauté ténébreuse irrésistible, on découvre qu'il sait de surcroît manier la plume avec encore plus de délicatesse que sa brosse à cheveux. La Vipère le reconnait, elle est très jalouse, mais elle s'incline de tout son long devant ce petit livre tendre et joyeux.
Avec les Chroniques de l'Asphalte, Samuel Benchetrit nous raconte son adolescence et les potes qui vont avec. En guise de terrain de jeux pour tous ces jeunes en proie à leurs hormones : les tours d'une cité. Là où l'auteur est très fort, c'est qu'il réussit presque à vous faire regretter d'avoir passé votre enfance dans une résidence cossue ! On aurait bien aimé, nous aussi, faire les 400 coups avec Karim et Dédé, voire rouler des galoches à la grosse Nathalie !
Le récit est divisé non pas en chapitres, mais en "étages". Tous les voisins de Samuel sont croqués avec une infinie tendresse, dans des portraits simples et touchants. Tous sont un peu fêlés ou cabossés par la vie, tous ont leur grain de folie aussi...  Mais réunis sur les mêmes paliers, ces personnages sensibles font déborder d'humanité des tours pourtant sinistres.
On rit des dialogues crus de cette bande de gamins qui n'ont pas la langue dans leur poche (celles-ci sont déjà pleines de capotes, cigarettes et autres substances illicites). Et l'on est saisi d'admiration devant ce jeune héros pour qui un sordide terrain vague devient matière à poésie...
Vivement la suite ! ça tombe bien me direz-vous, le volume 2 des Chroniques vient de sortir.
Note finale de la Vipère : 7,5/10

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