29 novembre 2007
Fred Chichin : échange 60 balais contre 31 bougies
La Vipère s’est réveillée ce matin en ayant l’impression aussi désagréable que tenace d’avoir quitté sa toute minuscule trentaine d’années trop mignonne pour en suppporter lourdement soixante-cinq au bas mot.
Pourquoi un tel sentiment ?
À cause du froid qui m’encourage chaque soir à manger une soupe bien chaude puis une compote de pommes tiède, comme un petit vieux fâché avec son dentier?
À cause de ce foutu problème de pouvoir d’achat qui m’interdit d’acheter un super blouson fashion et m’oblige à porter un manteau trop ringard que mon grand-oncle adorerait?
À cause de l’arrêt de la série Sous le Soleil qui a accompagné toute mon adolescence ou presque? L’émission Des Chiffres et des lettres, elle, continue à être diffusée. Chic.
Vous n’y êtes pas du tout. En fait, mon vieillissement accéléré a commencé le jour où j’ai constaté que Nostalgie se mettait à diffuser les tubes des années 1980. Pour la première fois, il m’a fallu accepter d’avoir sur ma chaîne hi-fi à moi une station de radio commune avec celles programmées sur le vieil auto-radio de mes parents ! Une prise de conscience douloureuse.
Le deuxième choc, bien plus brutal, s’est produit hier soir en apprenant la mort du chanteur des Rita Mitsouko. Cet événement m’a fait rejoindre, sans aucune transition mais avec un violent jet-lag, la génération de mes parents déjà habituée à enterrer, les uns après les autres, les chanteurs de leur jeunesse. Comme les 3B, par exemple (à ne pas confondre avec les 2B3) : Brandt, Bécaud, Brassens.
Ces séxagénaires, ils sont immunisés contre la Grande Faucheuse qui vient couper définitivement les micros de leurs stars préférées.
Mais nous, nous sommes trop jeunes pour commencer à porter le deuil des artistes ayant rythmé nos premiers pas de danse, nos premiers baisers, nos premières gueules de bois. La Vipère était loin d’être une fan acharnée des Rita et de Fred Chichin, mais ce dernier, en disparaissant, emporte avec lui un peu de Marcia Baila ou d’Andy et, si c'est comme ça — et pas autrement–, ça reste aussi dur à digérer que mes compotes quotidiennes. Nous n’écouterons plus jamais les Histoires d’A. ou Le Petit train avec la même insouciance.
Dans quel état errons-nous quand nous apprendrons le décès de Pascal Obipso, à l’âge de 79 ans, des suites d'une longue maladie, ou lorsque nous célébrerons les 10 ans de la disparition de Madonna? Que ressentirons-nous lorsqu'Alizée sera interviewée sur le plateau du 20h pour rendre un dernier hommage à Mylène Farmer, qui s'est éteinte ce matin, dans son appartement parisien? Nous précipiterons-nous dans les kiosques pour acheter le Paris-Match "Spécial Pagny : Ciao l'ami !" Et à ce moment là, nous souviendrons-nous encore des chansons du petit Grégory?
27 novembre 2007
Le Grenelle du grand non du jour
C’est LE mot magique pour résoudre tous les problèmes, aussi différents soient-ils les uns des autres. La planète se réchauffe et le Pôle Nord fond inexorablement? Qu’à cela ne tienne, on organise un Grenelle de l’environnement et le tour est joué. Les manchots pourront bientôt se lancer dans de nouveaux concours de glissades sur la banquise. La France doit faire face à des problèmes tenaces de pauvreté, de chomage? La semaine dernière a été mis en place un Grenelle de l’Insertion. Aux dernières nouvelles, certains ténors du Parti Socialiste (PS) exigent dans les plus brefs délais un Grenelle du Pouvoir d’achat.
«Grenelle», c’est, avec «tecktonik», «Julien Doré» et «verrine d’artichaut» le mot tendance de cette fin d’année. C’est aussi le sésame qui ouvre les portes du possible, la baguette magique qui fait disparaître les épines du pied, sans trucage aucun.
Pour l’instant, il est assez injustement réservé au milieu politique. C’est pourquoi, je vous invite à vous battre à mes côtés pour le faire sortir du jargon de la Ve République! Ainsi libéré, il pourra simplifier notre vie quotidienne, parce qu’on le vaut bien !
Exemples :
Vous sortez de chez Jean-Louis David et vous vous faites déjà peur en croisant votre reflet ébouriffé dans les vitrines de Noël? D’ailleurs vous effrayez aussi les passants que vous croisez ?! Il est grand temps de mettre en place un Grenelle de la Coiffure!
Vous ne supportez plus la purée mousseline froide qu’on vous sert tous les jours impairs à votre cantine, été comme hiver? Participez au Grenelle du Restaurant d’entreprise!
Enfin, votre moitié n’a de cesse de cuisiner des gratins lorsque c’est à votre tour de faire la plonge? Avez-vous déjà pensé au Grenelle du Lave-Vaisselle?!
La Vipère est certaine que vous avez en tête des tas d'idées de Grenelle à lui transmettre… Le premier qui me suggère un Grenelle de l'Inspiration prend la porte !
26 novembre 2007
La Passion selon Juette, de Clara Dupond-Monod (Grasset)
Le livre de Clara Dupont-Monod figurait dans la dernière liste des prétendants aux Goncourt. Pas mal pour une romancière trentenaire ! La Passion selon Juette, c’est le récit d’une jeune femme défiant les valeurs et les traditions du Moyen Age. Cette féministe avant l’heure a réellement existé et la romancière prend plaisir à lui offrir une seconde vie.
Juette a beau n’avoir que 13 ans, elle sait déjà parfaitement ce qui l’attend. Elle sait qu’un jour proche son corps d’enfant l’abandonnera. Elle sait que ce jour-là ses parents s’empresseront de la marier à un homme qui la possèdera à sa guise. Elle sait qu’elle passera des journées entières à coudre, comme sa mère. Autant dire que ce programme ne la réjouit guère. Si encore elle pouvait s’appuyer sur l’Église ! Mais celle-ci est représentée par un évêque perfide et immoral… Seul son ami Hugues comprend ses silences, ses doutes et ses interrogations.
Juette n’échappera pas à son destin de femme. Elle connaîtra les assauts violents d’un homme qu’elle n’aime pas et les grossesses répétées qui déforment le corps. Mais lorsqu’un soir une apparition divine lui permettra d’échapper à un viol programmé, elle comprendra qu’il est grand temps pour elle de faire de sa foi une force irrésistible, de jeter aux orties les valeurs familiales et les dogmes de l’église qui l’emprisonnent.
C’est en croyant à ses propres visions et aux histoires qui animent son esprit que Juette puisera l’énergie nécessaire pour s’engager auprès des lépreux et commencer une nouvelle vie. Évidemment, ce dénouement ne plaira guère à sa famille, ni au clergé… Seul le fidèle Hugues soutiendra son amie tout en s’inquiétant des remous provoqués par son comportement inflexible et révolté.
La plume de Clara Dupont-Monod est sèche. Les phrases, courtes, se juxtaposent sans façon. Elles traduisent parfaitement la détermination de Juette, sa volonté farouche de s’émanciper. En revanche, elles peinent à dépeindre les sentiments de la jeune femme et à rendre palpables ses émotions. Comme si son cœur restait hors de portée du lecteur. Difficile dès lors de s’attacher au personnage et de suivre avec passion son histoire, aussi hors du commun soit-elle.
23 novembre 2007
Record d'audience et mise au point
Cette semaine le blog a connu sa meilleure audience et la responsable de ce succès s’appelle Desesperate Psy ! En choississant de se pencher mercredi dernier sur la vache limousine Julien D., notre spécialiste des pipoles tordus était loin de se douter qu’un troupeau de fans hystériques s’empareraient de son article pour en faire le sujet d’un forum à la gloire de leur chanteur. Résultat : toutes les groupies de Julien sont venues des quatre coins du globe lire son papier. Le nombre de nouveaux visiteurs a été multiplié par 8 !
Sur le forum en question, Deseperate Psy et moi-même avons passé un sale quart d’heure. Le revers de la médaille, comme on dit ! C’est que nous avons osé égratigner le mythe du génie qui fait glousser toutes ces jeunes filles entre elles. Mal écrit, même pas drôle, méchante !, n’importe quoi, la-men-table… Aucun mot n’était assez violent pour répondre au doux venin de ce blog. Il m’a donc fallu prendre mon courage à deux anneaux et m’inscrire sur le site de groupies pour y déposer un message d’apaisement ! La situation était devenue trop explosive…
Et puis, au fond, nous pouvons le reconnaître : Julien D. a beau chanter avec autant de talent que mon oncle René quand il est bourré, il reste agréable à regarder avec sa petite bouche pleine de dents bien serrées. Le but de Desesperate Psy n’a jamais été de casser du pipole mais, au contraire, de mettre en lumière leurs failles afin qu’ils gagnent en lucidité et réussissent à surmonter leurs faiblesses. Julien nous remerciera bientôt (et toutes ses fans avec) d’avoir révélé sa personnalité bovine.
Hélas, à l’heure actuelle, tout n’est pas encore rentré dans l’ordre. Quelques adoratrices de Julien D. continuent de nous maudire avec délectation. Deseperate Psy est coincée chez elle et craint pour sa vie. Il est vrai qu’il y a de quoi être effrayé par des internautes choisissant comme pseudo des mots tels que «trottinette» ou «Pattounette». «Glaïeul» ou «Dalhia», c’est tellement plus doux !
De mon côté, je suis à deux doigts de contacter Daniel Ducruet pour qu’il vienne assurer ma protection rapprochée. J’ose encore sortir pendant la journée. Cependant, dès que j’entends la sonnerie du collège voisin retentir sur les coups de 17h, je me dis qu’il est grand temps de me barricader chez moi.
Bon week-end !
22 novembre 2007
France Gall rend hommage à Michel Berger sur France 2
C’était hier soir et d’emblée La Vipère avait envie de pleurer. Faut pas croire, mais notre reptile cache un cœur tendre sous ses anneaux glacés. C’est comme ça, il existe deux ou trois personnalités françaises qui activent de manière excessive et incontrôlée mes canaux lacrimaux dès qu’elles apparaissent sur le petit écran. Outre France Gall, il y a Simone Veil notamment. J’en déduis donc, avec beaucoup de perspicacité, que la couleur de cheveu n’importe guère ! Ni la coiffure d’ailleurs.
Mais comment garder les yeux secs devant cette émission de variétés où se succédaient les plus belles chansons de Michel Berger? Les textes qu’il a donnés à France, Françoise, Johnny et compagnie, il aurait pu les écrire pour moi, sauf que je ne sais pas chanter, mais ne nous arrêtons pas à ce détail insignifiant. C’est à croire que Michel m’a piqué mes idées, mes mots. Sans vouloir plagier Flaubert, «Message personnel», «Si Maman si», ou «Évidemment», ces 3 chansons, c’est moi. «On rit encore pour des bêtises, comme des enfants… mais pas comme avant».
Mon Dieu je sens à nouveau que mes yeux rougissent ! On va mettre cette ultra-sensibilité sur le compte de la fatigue : rappelons à nos Vipernautes étrangers que nous sortons tout juste d'une éprouvante semaine de grèves. C’est la première fois que j’écris un post dégoulinant de bons sentiments – à défaut de venin. Il faut se ressaisir, et vite. Limite je tourne à la groupie du pianiste trop émotive, au fan un peu bébête comme on en ramasse à la pelle sur certains forums complètement crazy…
Et puis, il ne faudrait pas oublier qu’hier soir devant ma télé j’ai aussi bien ri. Céline Dion et Johnny Hallyday qui chantent en play-back – sur des bandes son des années 1990 – sans même prendre la peine d’avoir un micro devant la bouche pour faire semblant, c’était vraiment trop tordant ! On y croyait à fond, vraiment. Surtout grâce au bon jeu de comédienne de Céline et à toutes ses mimiques si naturelles. Elle vivait vraiment la chanson («Ziggy»). C'est la Raphie du château de Dammarie-les-Lys qui aurait été contente!
Trop tordant aussi, le visage de France Gall qui en dix ans a dû prendre deux rides en tout et pour tout. Elle doit avoir le même chirurgien plastique que Mylène Farmer car elle lui ressemble de plus en plus je trouve. Tant qu’elle ne porte pas les mêmes cuissardes que notre idole rousse…
21 novembre 2007
Fécamp : son palais de la Bénédictine, son casino !
Vous avez envie de quitter Paris et ses grèves pour prendre un grand bol d’air frais et éventuellement voir la mer ? Partez donc pour une journée à Fécamp!
Située juste au-dessus d’Étretat, cette charmante petite ville du Pays de Caux abrite le fameux Palais de la Bénédictine. Construit au tout début du siècle dernier, son architecture très travaillée vaut le coup d’œil. Vous pouvez même le visiter. Des séries de tableaux italiens de La Renaissance sont exposés dans les galeries, ainsi que des serrures et des clés de la même époque, des objets liturgiques, de vieux manuscrits… Bref, un bric-à-brac sans grand intérêt qui peine à remplir les volumes impressionnants de chaque pièce. Inutile de s’y attarder : mieux vaut rejoindre la distillerie pour découvrir quelques-uns des secrets de fabrication de la fameuse liqueur. N’oubliez pas de passer par le bar pour une dégustation et faites aussi un crochet par les toilettes : rarement il vous sera donné d'en découvrir de si propres, si délicatement parfumées, si bien chauffées… On y passerait facilement la journée !
En quittant le palais, filez tout droit vers les plages (de galets !) puis tournez à gauche. Avant d’entrer dans le casino, admirez le magnifique coucher de soleil sur les falaises de craie.
Il faut montrer patte blanche désormais pour avoir la chance de tripoter des machines à sous. L’huissier vous demande assez sèchement votre carte d’identité puis la passe dans un lecteur optique tout en vous dévisageant sans sourire. Vous vous dîtes que l’étape suivante consisterait à ce qu’il prenne votre empreinte digitale et procède à une fouille au corps sans concession. À moins qu’il s’agisse là de l’un de vos fantasmes inavoués (Allo, Desesperate Psy ?).
Une fois à l’intérieur du Casino, vous apprécierez l’air saturé de fumée de cigarettes, le bruit clinquant des pièces dégringolant des carcasses métalliques, les soupirs de désolation ou de déception, les bouffées d'angoisse, les néons clignotants et toutes les mélodies klaxonnantes. Avec (beaucoup) d’imagination, vous pourriez presque vous imaginer à Las Végas – où sont les chapelles privées ?!
Trois heures plus tard (j'ai bien dit TROIS heures plus tard), vous ressortez le portefeuille plus léger mais le cœur lourd (la faute à vos camarades fumeurs de gitane). Vous vous dîtes qu’il y a sûrement à Fécamp une jolie église, un joli port et une jolie place de la Mairie, mais là, il est vraiment trop tard, il fait déjà nuit noire et un programme télé chargé vous attend !
20 novembre 2007
Arlington Park, de Rachel Cusk
Après La Physique des Catastrophes de Marisha Pessl, la deuxième déception littéraire de l’automne se nomme Arlington Park, de Rachel Cusk. Pourtant, on se réjouissait sincèrement de plonger dans un roman publié par les vénérables éditions de l’Olivier, un roman dont les héroïnes sont sans cesse comparées aux Deseperate housewifes par les critiques littéraires.
Il est indéniable que Juliet, Amanda et leurs copines ne sont pas très éloignées de Bree, Lynette ou Susan. Dans leur banlieue anglaise chic et snob, elles trompent l’ennui du mieux possible. Les pauvres n'ont même pas un beau jardinier latino à se mettre sous la dent, et en plus il pleut tout le temps… L’impression tenace de ne pas mener la vie dont elles rêvent colle fermement aux semelles de leurs bottes fourrées, comme un vieux chewing-gum à la menthe poivrée.
Au fur et à mesure de leurs journées sans surprises car rythmées comme du papier à musique, chacune semble étouffer dans sa cage dorée. Tout est prétexte à l’introspection et au coup de blues systématique qui en résulte. Un coup de shopping entre copines au centre commercial, un coup de fil de sa mère, un coup d’œil dans le miroir : chaque geste de la vie domestique attise les frustrations de ces jeunes femmes qui ne peuvent guère compter sur leur mari pour chasser leur sentiment pesant d’inutilité. Au contraire, dans la prose de Rachel Cusk, les hommes ont tendance à enfoncer le clou avec une énergie toute naturelle. Même les enfants de nos tristes héroïnes ne parviennent pas toujours à donner une couleur chatoyante aux journées sous Valium de leur maman.
Le problème, c’est que l’immense lassitude des personnages a tendance à gagner peu à peu le lecteur. Les chapitres sont très inégaux et si certains réussissent parfois à serrer le cœur ou à faire grincer des dents – l’auteur sait porter un regard lucide et caustique sur la situation pathétique de ses protégées –, la plupart ennuient avec des phrases alambiquées qui, par mille chemins de traverse, dressent toutes le même constat d’échec familial, sentimental ou professionnel. De grâce, que les scénaristes de Deseperate indiquent quelques raccourcis à Rachel !
19 novembre 2007
Décryptage psy - Julien Doré : Oh la vache !
Comme chaque mois, retrouvez Desesperate Psy pour un décryptage pipole. Aujourd'hui, c'est le gagnant de La Nouvelle Star 2007, Julien Doré, qui s'allonge malgré lui sur le divan. Découvrez la face cachée de ce nouvel artiste, si jeune et déjà tellement perturbé.
La Vipère : Un «blondiminet» haut comme 3 micros qui privilégie les mugissements aux notes mélodieuses, ça cache quoi? Une rage mal contenue? Un stress à évacuer? Une vacuité insondable?
Desesperate Psy : Même si je ne devrais pas trop en parler car je suis aux limites ethiques de la confidence, je puis vous révéler que le cas Julien D. est un exemple d'école du trouble de l'identité de genre. Vous connaissez sûrement cette pathologie qui concerne notamment les garçons se sentant filles (et réciproquement). C'est très fréquent, pour ne pas dire commun. D’autres sujets, plus rares mais beaucoup plus intéressants, se prennent pour des acteurs célèbres, des cuillères à soupe ou bien encore des animaux de la ferme. Le cas Julien D. appartient à cette dernière catégorie : le jeune homme beugle et lance des regards de bovidé car il s’identifie à… une vache, limousine de surcroît!
Manteau de fourrure porté sur torse nu, jean slim enfilé au chausse-pied, barrette de fille dans la tignasse, tatouages décalés... Comment interpréter cette accumulation d’accessoires hétéroclites? Une complexité à la fois animale et raffinée? Plus prosaïquement, un manque de goût total?
Faute de goût il y a, mais connaissez-vous beaucoup de vaches accro à Cacharel ou Zadig et Voltaire? En fait, notre patient porte plusieurs «prothèses corporelles» pour se rapprocher de son identité véritable. Julien D. se fait donc tatouer — pas sur l'oreille mais juste en dessous – un truc aussi vide de sens que le numéro de série d’un cheptel de bœufs en route pour l’abbatoir. Il porte aussi des cuirs à même la peau pour essayer de se fondre dans le troupeau de ses «semblables».
Choisir de chanter «Moi Lolita» signifie quoi pour ce jeune homme qui n'a jamais été une «collégienne aux bas bleu de méthylène»? Que cherche-t-il dans l'univers Farmerien? Veut-il se racheter une virginité artistique? Passer pour une victime médiatique (« C'est pas ma faute à moi…»)?
Peut-on véritablement parler de choix en matière de pensée animale? Vaste débat dans le monde de l'éthologie. Je ne saurai trancher. Il est tout a fait probable que la mélodie de cette chanson se prête bien aux beuglements et soit donc particulièrement appréciée dans une étable de Franche-Comté par exemple. Enfin, «donner sa langue au chat» (cf: paroles de la chanson), quand on se sent soi-même vache ou taureau, est un clin d’œil provocateur à tous les tripiers. Je ne vois pas d'autres explications.
Poser pour Play-Boy, grimacer et sautiller sans cesse sur scène… Ce grand show, c'est de la poudre aux yeux? Un réel talent? Un déséquilibre mental qui mériterait une bonne camisole?
Nous franchissons un palier supplémentaire dans la pathologie. Il est possible, devant de tels troubles du comportement, d'évoquer notre hantise alimentaire de la fin des années 1990, à savoir la maladie de la vache folle. Finalement, le cas étudié est infiniment triste : en plus de se prendre pour une limousine, Julien D. s’identifie à un spécimen atteint du Creuzfeld-Jacob. D'où les tremblements intempestifs et la bave aux commissures des lèvres.
Que peut-il faire pour se tirer de ce mauvais pas?
Qu’il assume enfin pleinement ses penchants bovins en s’offrant un nouveau nom de scène : «Marguerite» ou «La Noiraude» devraient faire l’affaire. Dans un second temps, laisser tomber Mylène Farmer et reprendre le tube de Gérard Blanchard : «Elle voulait revoir sa Normandie».
15 novembre 2007
Les concerts de Noël
Trouver un cadeau de Noël original pour ses parents tourne souvent au cauchemar éveillé. On serait prêt à tuer père et mère – c’est le cas de le dire – pour échapper à cette corvée. Imaginez un seul instant que nous vivions sur une planète où les flacons de parfum n’existeraient pas, les cravates ne se porteraient plus, les livres et les boîtes de chocolats ne serviraient qu’à caler les pieds d’une table branlante… Que feriez-vous pour sortir d’un tel traquenard, à part vous passer une corde autour du cou ?
À l’approche de Noël, La Vipère vous propose d’offrir à vos parents des places de spectacles à l’Olympia. Petite sélection des meilleurs shows à venir en fonction du profil de votre chère Maman et non moins cher Papa.
1/Vos parents sont gâteux
C’est très triste, évidemment, mais réjouissez-vous quand même : ils vont adorer la nouvelle comédie musicale «Au Royaume des bonbons» (du 13 au 23 décembre). Le spectacle commence chaque jour à 14h, c’est pratique : vos parents seront donc de retour chez eux suffisamment tôt pour avaler leurs petites pillules bleues et vertes. Si l'histoire de méchants chamallows et de sucettes qui parlent vous paraît trop compliquée pour eux, rabattez-vous sur des places pour «Oui-Oui et ses amis» (du 26 au 30/12).
2/Vos parents sont ringards
Envoyez-les écouter le chanteur latin que tout le bassin méditerranéen nous envie : Frédéric François (du 29/02 au 09/03). Frédéric nous revient avec un super show et une nouvelle image. En effet, sur l’affiche de son concert il arbore une coiffure inédite : bouclettes dans le cou (rien de neuf) et surtout, mèches grisonnantes au-dessus des oreilles (révolutionnaire !). Frédéric François laisse enfin tomber la teinture corbeau et assume ses cheveux blancs, ce qui laisse présager d’un spectacle d’une grande maturité. Veillez à ce que Maman ne parte pas à cette folle soirée sans sa veste moutarde à épaulettes.
3/Vos parents sont trop branchés !
Qu’ils aillent donc appalaudir La Tortue (du 14/02 au 16/02). Comment ça, c’est qui La Tortue ? C’est un grand grand NON une question d’un tel niveau… Demandez donc à votre père qu’il vous explique le concept du bleu, du rouge, de Baltard et de maître Nadjar.
4/Vos parents sont des Québecois en exil
Bonne nouvelle : leurs concitoyens reviennent en force ! Achetez-leur des places pour Isabelle Boulay (du 21 au 23/03), histoire de chasser un peu le mal du pays qui les hante à chaque fois qu’ils croisent le regard d'un caribou en peluche chez Toys’r Us. Et dire que la Vipère s’inquiétait – à tort – du sort de tous ces chanteurs à voix il y a quelques mois… (Cliquez ici pour vous rafraîchir la mémoire).
5/Vos parents sont méchants
Ils ont donc mérité une bonne punition… Comme châtiment exemplaire, je vous propose le concert de Gérard Blanc (le 20/03). Oui il n’y a qu’une date, oui ce n’est pas très pratique, mais vous vous attendiez à quoi ? Que Gérard Blanc remplisse Bercy deux semaines d’affilée ? Je suis désolé mais quand on n’a fait qu’un seul tube dans sa carrière ("Une autre histoire", NDLV), c’est mathématique, on n’a droit qu’à un seul et unique soir à Olympia. Si vos vieux ont été particulièrement pénibles cette année, expédiez-les écouter Michèle Torr (10 et 13/04).
6/ Vos parent sont dépressifs
Gérard Lenorman (dimanche 20/04), cet éternel jeune homme, toujours fashion, toujours pétillant, toujours bien coiffé, se chargera de leur redonner le moral avec sa Ballade des gens heureux, dont on ne se lasse pas. Avec lui, c’est sûr, ça va slamer grave dans la fosse !!!
13 novembre 2007
Votre soirée zen !
Une journée un brin pénible s'annonce demain grâce à tous nos amis de la Sncf et de la Ratp. Pour emmagasiner un maximum de sérénité à la veille d'un mercredi peu réjouissant, La Vipère a concoté un programme spécifique pour votre soirée.
1/En rentrant chez vous, claquez avec violence votre porte d'entrée pour vous débarrasser d'emblée des ondes négatives et tourmentées qui vous mettent sur les nerfs.
2/Appelez votre banquier, votre belle-mère, votre propriétaire, Noos ou tout autre personne qui vous agace prodigieusement et insultez-la sans relâche pour chasser la rage qui pèse déjà sur vos cordes vocales.
3/Débranchez radio et télé : vous risqueriez de vous retrouver face à un militant CGT dissertant dans sa moustache sur le droit de grève, ou pire, un étudiant à Nanterre expliquant pourquoi la méthode de vote à main levée est plus démocratique que le recours aux bulletins secrets.
4/Mettez un Cd de Mika, et choisissez la piste 5 : "Relax, take it easy!"
5/Prenez dans vos bras votre tendre moitié, à défaut votre voisin, à défaut votre chat, à défaut un traversin. Un peu de chaleur humaine... Vous n'en manquerez pas demain dans les wagons du RER A.
6/Préparez un dîner léger, ne comportant impérativement ni piment, ni gingembre, ni ail, etc. Finissez par un laitage.
7/Brûlez un cierge dans votre cheminée en priant pour qu'il ne pleuve pas a verse demain matin : vous voulez bien traverser à pied tout Paris pour aller travailler, mais pas sous un parapluie.
8/Ne pensez à aucun moment à la cinquantaine d'euros que vous a coûté le coupon mensuel de votre carte Orange (désolé, mais La Vipère n'en est pas encore au pass Navigo, trop moderne!)
9/Avant de vous coucher, décalez votre réveil de 10 minutes : si vous optez pour un trajet en métro, il est en effet inutile de prendre au saut du lit une douche dont les effets seront anéantis au bout de 2 minutes de promiscuité intempestive dans un wagon !
10/Fermez les yeux et rêvez de champs de blé, de forêt amazonienne et de désert de glace.
Bonne chance !!!
